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fév 07

Paul Victor

Être ou ne pas être… Charlie !

Dès que j’ai appris la nouvelle, j’ai été comme beaucoup – et probablement plus que beaucoup, pour diverses raisons – choqué, bouleversé, et bien sûr fortement empathique.

Pourtant, lorsque le slogan et le meme « Je Suis Charlie » sont apparus, j’ai évité de les reprendre, et ai préféré montrer ma solidarité différemment : en mettant en photo de profil des dessins de Cabu, des dessins hommages etc, mais pas des JSC.

Pour autant, j’ai vite compris que les gens qui déclaraient tout de go « Je ne suis pas Charlie » avaient souvent des arrières-pensées du type « je n’irai pas jusqu’à dire que j’approuve mais ils l’avaient quand même bien mérité » ou autres dégueulasseries. Bref, un manque total d’empathie avec les victimes et leurs familles, comme l’explique très justement Mohamed Sifaoui dans cet article.

Alors qu’est-ce qui me gène dans le fait d’affirmer haut et fort « Je Suis Charlie », moi qui adhère complètement à la cause du soutien de la cause de ces journalistes, et qui compatis profondément à la mort des innocents et à la douleur des survivants ?

Je suis tout le mondeD’une part, je n’aime pas les mouvements de masse. Quelqu’un a lancé cette phrase, tout le monde s’est rallié autour. Déjà à la première manif, la seule vraie manif spontanée dans un sens, celle du mercredi soir, je n’avais pas pu articuler un mot, et j’avais laissé les slogans aux autres. Mon émotion était trop forte, et même si j’aurai voulu hurler ma rage, et vociférer mes pleurs, entonner des slogans (ou l’hymne national, comme certains) me paraissait dérisoire, et surtout déplacé. Même dans les concerts, quand on demande à tout le monde de reprendre en chœur ou de taper dans ses mains, je ne le fais que si j’en ressens la pulsion profonde, pas par besoin d’identification ou d’assimilation.

Et puis je crois, fermement, profondément, que la plus grande arme que nous ayons face à la bêtise crasse des terroristes, c’est d’affirmer notre individualité. La déshumanisation, la perte d’identité, ce sont des processus qui font partie intégrante des armées et des sectes. Les fanatiques islamistes tombent dans les deux catégories à la fois, et leur conditionnement remplace leur pauvre individualité paumée par des vérités toutes faites qui peuvent les amener à tuer ou à mourir (s’ils pouvaient faire le premier avant le deuxième ça arrangerait bien tout le monde, ils sont tellement cons qu’il doit bien y en avoir quelques-uns qui se trompent…). Donc, face à cela, il devient essentiel d’affirmer haut et fort que nous sommes des individus. Solidaires, unis, français, républicains, mais tous différents ce nonobstant.

Pour autant, il est des cas où je n’hésiterai pas à crier haut et fort « Je Suis Charlie ». Principalement par provocation face à des gens, justement, qui tiennent les propos opposés.

Une amie m’a raconté que dans le magasin où elle travaillait, elle avait interpellé deux beurettes soupçonnées de vol – pas par délit de faciès, juste de par leur attitude. Les jeunes filles ont alors tenté de jouer la carte du « tu es raciste » et l’ont formulé en un « Tu es Charlie, toi ! » qui ne peut que laisser pantois. Eh ben oui gamine, là je suis carrément Charlie. Et pas raciste pour autant. Toi par contre là tout de suite tu n’es pas arabe, ni même française d’origine arabe, tu es surtout très conne, et peut-être un peu délinquante sur les bords. Comme quoi, tu vois, on peut distinguer les choses.

D’ailleurs, Mohamed Sifaoui n’est pas le seul « Charlie » d’origine magrébine (et/ou musulmane) : Mustapha Ourrad l’était avant tout le monde, et je ne sais pas ce que Ahmed Merabet pensait de tout ça mais en tous cas il a donné sa vie pour son métier et les valeurs qui vont avec (il serait intéressant de parler dans un autre billet du basculement de la vision des policiers par les citoyens après l’attentat ; des CRS applaudis par les manifestants, ça a dû leur faire drôle, mais bon faut pas qu’ils s’habituent non plus). Bref, ceci était pour énoncer l’évidence : dire JCS ou affirmer son soutien au journal et à ses victimes n’a rien à voir avec une déclaration de racisme. Ceux qui confondent, des deux côtés, ne font que montrer leur incommensurable bêtise.

Une chose, par contre, m’a frappé dans les jours, les semaines même qui ont suivi ces atroces évènements : les gens m’ont semblé plus solidaires, plus attentifs les uns aux autres, une fois encore : plus empathiques.
Divers échos m’ont amené à confirmer cette théorie.

C’est évidemment splendide, et cependant, suis-je victime du syndrome »verre à moitié vide » ? je ne peux m’empêcher de déplorer trois choses :

– Qu’il faille un évènement aussi atroce pour que les gens, a fortiori les citoyens, se sentent solidaires les uns des autres

– Que cela soit en opposition à d’autres, qui malheureusement ont parfois montré une (atroce) solidarité anti-Charlie, née bien souvent de l’incompréhension mais c’est un autre sujet

– Que cela soit temporaire, car soyons réaliste, au moment où je publie ces lignes il n’en reste plus grand-chose.

Alors, être ou ne pas être Charlie ? A vous de voir, c’est aussi ce choix qui vous caractérise en tant qu’individu. L’essentiel étant de comprendre ce qui s’est passé, de tout faire pour que cela ne se reproduise pas, et surtout, SURTOUT : de ne jamais oublier.

 

A propos de l'auteur

Paul Victor

Paul Victor

Français d’origines douteuses de type sicilo-ritales à deux générations.
Plutôt Beatles que Stones. Et Lennon que Mc Cartney mais John Victor ça ne veut rien dire.
Sans affiliation politique, avec des affinités oscillant plus ou moins à gauche selon les sujets. Absolument dépourvu de toute croyance archaïque.

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