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jan 28

Mick Victor

Le jour d’encore après.

Je profite de cet espace de liberté pour coucher ici mes impressions. Le premier d’entre vous qui me réclame du pognon au titre de la thérapie n’aura pas forcément tort d’ailleurs. Après, il aura surtout une fin de non-recevoir.

Je suis un peu perdu dans un maelström d’émotions assez contradictoires.
Suis-je Charlie ou pas ?
Ma première réponse, c’est que non, je l’ai déjà exprimé, je ne suis pas Charlie, ni même les autres victimes de cette folie meurtrière. Je n’ai jamais eu le canon d’une arme braqué sur moi à cause de mon métier ou de mes opinions, ou simplement de ce que je suis. Donc, soyons réalistes et humbles, à ce titre là, je ne suis pas, je n’ai jamais été et espère ne jamais être Charlie. C’est égoïste aussi, un peu, surtout dans la projection dans le futur pour me souhaiter des jours tranquilles. Je le reconnais.
Pour autant, j’ai envie d’être et de l’être. D’expliquer à mon fils qu’il y a des choses qui comptent.
Mais pas au détriment de sa propre vie. Ou, si, justement. Mais pas dans notre monde, pas maintenant. Ou au contraire, justement, maintenant.
J’ai autant le sentiment de la douche froide face aux événements de ces derniers jours que l’envie de crier « Mais réveillez-vous, c’est ça le monde dans lequel on vit !!! ».
J’ai autant l’envie que nos dirigeants se décident à vitrifier les coins de la planète où on sait que les sinistres éminences grises qui pilotent tous ces pauvres abrutis qui croient en les vertus du martyr, que l’envie d’éprouver encore plus fort la Fraternité qui nous unit lorsque la Liberté et l’Egalité sont mises à mal.
J’ai le réflexe sécuritaire qui voudrait qu’on traque tous les activistes OnLine qui recrutent et embrigadent, tout autant que le dégoût de ce que deviendraient nos libertés individuelles dans cet océan de répression.
J’ai autant envie d’un sursaut démocratique et républicain que la bile à la gorge quand je vois à quel point ces odieux moments servent de terreau à la récupération.
Bref.
Pour reprendre deux termes qui me plaisent particulièrement, je suis dans un état de dissonance cognitive face à cette question qui me plonge en plein épochè.
Et très franch’ment, ça m’fait bien chier.
Je pense que pour un petit moment, je vais arrêter de lire tout ce qui s’y rapporte. C’est l’overdose. Et, qui plus est, on est encore trop dans le spectaculaire et le sensationnel, trop dans l’émotion pour y voir clair. En témoignent les andouilles qui hurlent au complot.
Et je vais arrêter de m’exprimer sur le sujet. Pour un moment du moins. Le temps de « processer » toutes ces informations. D’essayer de redevenir rationnel. De ne pas faire passer l’émotivité pour la raison, d’autres s’y attellent déjà avec plus ou moins de succès.
Pau Mc Cartney le chantait : « Life goes on ».
C’est peut-être ça la seule morale de cette histoire, de notre Histoire. La capacité que le temps a de ne pas s’arrêter, de continuer son cours, de nous échapper, et de faire que tout, au final, reprend sa place dans l’ordre des choses. Une certaine forme d’autopoïèse en somme.
C’est d’ailleurs ce qui fait de nous des humains, notre capacité de mutation à notre environnement, notre capacité à nous adapter.
Suis-je Charlie ou pas ? En définitive peu importe. parce qu’en couchant ces quelques mots avec mes petits doigts gourds et boudinés, en laissant mes pensées vagabonder, en procédant à cette catharsis, j’ai trouvé ce que je suis, pétri dans mes contradictions.
Je suis humain.
Et pour le moment, ça me suffit.

A propos de l'auteur

Mick Victor

Mick Victor

Je ne râle pas, je m'exprime.

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