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sept 07

Mick Victor

Le poids des mots.

Depuis le début, je dis que le mot « migrant » est une hérésie. Et ça me met de plus en plus en rogne d’entendre non seulement les journalistes et, évidemment les politiques, mais aussi les citoyens lambdas, toi, moi, ta famille, mes amis, tous, reprendre en cœur cette débauche langoureuse de non-sens dont les origines se perdent dans les méandres de la xénophobie la plus crasse et la plus élémentaire.
CE NE SONT PAS DES MIGRANTS !!!!
Ce sont des REFUGIES. Mais pour comprendre pourquoi je parle ici du poids du mot, il te faut, cher lecteur, bien comprendre son sens.
Et c’est vers le droit international que nos yeux de fouine vont se tourner.droitsHC

Un petit rappel historique s’impose. Et plus particulièrement à l’attention de toutes les fins de race qui osent se dire « français de souche » et qui colportent tellement de haine de l’autre dans leurs propos.

La France s’est illustrée il y a de cela quelques années par un petit écrit, un bout de papier rédigé sur un coin de table, un pamphlet destiné à l’élite déchue du moment qui, si mes souvenirs sont bons, doit s’appeler Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Ah ouais… en fait, ça date pas d’hier, et ça fait du bien de le rappeler.

Cette merveille d’humanisme et de réformisme avant-gardiste qui pourrait trouver une première ébauche vers -539 du côté de la Perse dans ce qu’on appelle le cylindre de Cyrus (même si cette affirmation est contestée par le British Museum, mais tu vois, tu me lis, et au final t’es moins con qu’il y a 2 minutes), a ensuite inspiré en 1948 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

appel-18-juin-de-gaulle-microSon article 14.1 (clique ici toi qui lis) pose la base de tout le développement de la rhétorique sophiste faite de syllogismes des bourreurs de mou qui nous chantent à qui mieux mieux des « migrants » par ci et par là.
Il stipule : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » Ca t’en bouche un coin, ça, hein ?

Mais réfléchis 2 secondes. Si demain, ici, c’est la guerre, tu ne ferais pas tout ce qui est en ton pouvoir pour mettre ta famille à l’abri ?
On est bien d’accords.

Le Grand Charles lui-même ne s’est-il pas « réfugié » à Londres ?

1.8.2014.STEPHEN-HAWKING1aw

Alors pourquoi, oui, pourquoi un tel déploiement d’éléments de langage ?
Pourquoi, me demanderas-tu, en chie-je une telle pendule à propos de putain de migrants ou de réfugiés à la con puisqu’on est d’accords sur le fond du problème et qu’on ferait tous pareil si ça devait nous arriver ? (sachant surtout que la probabilité pour que ça arrive demain et à peu près la même que demain, toi et moi, on se retrouve avec le QI de Stephen Hawking, et heureusement d’ailleurs, mais bon, passons… D’ailleurs, on dit \ˈsti.vən\. Et ouais, bientôt, t’auras plus d’coins à boucher.)

Et bien tout simplement parce qu’en Droit International, il n’existe aucun statut de « migrant ». Et si ça n’existe pas, on n’est pas obligé de s’en préoccuper, on peut tranquillement continuer à les regarder crever au 20 heures en se bougnettifiant la chemise du jus de côte de bœuf avec une petite sauce à l’échalote dont 25% va finir à la poubelle tout en les traitant de cons de migrants et leur souhaiter de rentrer chez eux plutôt que de venir bouffer des subventions chez nous.

200905130771_zoomMais putain, qu’est-ce que t’es con quand tu penses ça. Parce que oui, cher lecteur mon voisin, tu l’as
pensé. Tu l’as pensé en regardant ta feuille d’impôt, tu l’as pensé en regardant ta feuille de paye, tu l’as pensé au feu rouge quand une petite rom toute dépenaillée est venue dessiner un cœur de merde avec son liquide lave-glace tout dégueulasse pour justifier qu’elle allait te pourrir le pare-brise sans que tu aies rien demandé, tu l’as pensé quand t’es allé aux urgences et que la moitié de la salle d’attente ne parlait même pas ta langue.

Tu l’as pensé. Et moi aussi, je l’ai pensé, je le confesse. Y’a longtemps, un matin, il faisait froid, et ce putain de cœur sur mon pare-brise est resté des semaines en plein milieu de mon angle de vision…

Le souci, cher lecteur mon ami, c’est qu’à force de les appeler « migrants », tu leurs dénies le droit d’être des « réfugiés ». Et le réfugié, lui, il a un statut en Droit International. Et ouais. ca t’en bouche un coin, hein ?
Convention de 51 relative au statut de réfugié, Protocole de 67, Déclaration de Carthagène de 84. Maintenant, vas, vas chercher des infos et instruis toi (au lieu de t’astiquer le joystick), vas et comprends pourquoi il est important de dire « réfugié » et rien que « réfugié ».

Alors on me dira qu’il faudrait une réforme du HCR, oui, c’est vrai. Le HCR ne peut intervenir que lorsque les guerres entre états sont déclarées. Et là… ben, on est dans la merde puisqu’il n’y a aucune guerre entre états entre la Syrie et la Lybie.
Alors, avant une réforme, il aurait fallu qu’un des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU propose une mission limitée dans le temps (2-3 ans, allez) et dans l’espace (bassin méditerranéen, et plus particulièrement Syrie/Lybie, tiens, juste là, mais c’est un pur hasard, promis, juré) pour éviter de se prendre un véto de Vladydès le début de la crise il y a 2 ans pour pouvoir ensuite missionner les ONG qui ont la compétence, la logistique et les moyens pour endiguer le phénomène et ne pas être obligé d’agir en toute urgence quand il est déjà trop tard. Tu pourras même me dire que les crevures qui nous gouvernent sont coupables, en quelque sorte, puisqu’ils siègent au Conseil de Sécurité et qu’ils ne font rien d’autre que des déclarations. C’est vrai aussi. Mais pense à l’alternance. Ecoute les discours des uns et des autres. Et trouve celui ou celle qui dira « réfugié » et qui aura les couilles de le redire à l’ONU et ensuite, ensuite, on en reparlera.

En attendant, la seule chose que tu puisses faire, c’est expliquer autour de toi, maintenant que tu en sais un peu plus, pourquoi il faut dire « réfugié », et pourquoi, quand tu dis « migrant », tu es toi aussi un peu responsable. Pas coupable, je te le concède, mais, putain, t’es responsable cher lecteur mon frère.

 

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Mick Victor

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Je ne râle pas, je m'exprime.

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