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août 24

Paul Victor

Me for She

Le web en général, et Facebook en particulier, sont très chronophages.

Il n’est donc pas rare qu’on y perde des heures, et qu’au final on se rende compte qu’on n’y a vraiment rien gagné.

Vendredi dernier j’ai passé de nombreuses heures à lire, à poster, commenter, répondre etc, en grande partie à cause du site Madmoizelle.com, qui non seulement fait de bons articles mais en plus les étaye de liens vers d’autres bons articles, ce qui finit vite par… n’en plus finir.

Mais j’estime ne pas avoir perdu mon temps.

J’ai toujours été partagé sur le sujet du féminisme. Je préfère (préférais ?) en général me définir comme égalitariste. C’est un peu comme la question du racisme : pour moi il n’y a aucune différence entre un noir, un blanc ou un vert*, donc je ne juge pas les gens sur ces bases-là, et logiquement le « libres et égaux en droit » (on y revient) devrait suffire pour tout le monde.

Seulement on le sait bien, ce n’est pas comme cela dans les faits. Il est donc nécessaire que des gens militent pour que ça s’améliore, pour que tout le monde prenne conscience des problèmes et surtout des solutions.

Mais voilà, les féministes ont mauvaise réputation, et c’est parfois mérité. Ah, j’ai dit parfois, commencez pas hein !

Parce que oui, des men-haters il y en a. Et puis d’autres qui sont simplement parfois un peu trop enthousiastes, GrandMéchantLoupou qui en ont tellement subi qu’elles ont le sujet à fleur de peau et qu’elles peuvent tomber dans les mêmes extrémismes. Je me souviens par exemple d’une conversation assez chaude avec une jeune féministe, loin des archétypes de mec raté ou autres, qui avait quelques bons arguments, mais qui a poussé le bouchon en déclarant voir dans tout homme un violeur potentiel, voire un futur violeur. Peut-être avais-je poussé un peu la provoc (ça m’arrive…) mais en tout cas le loup était sorti du bois. J’étais trop bouleversé émotionnellement par ses propos, à une période difficile pour moi, pour lui sortir une argumentation digne de ce nom et prouver l’aberration d’un tel discours. Mais ce n’est ni plus ni moins que l’équivalent de voir en tout arabe un voleur potentiel, en tout rital un maffieux, ou même, tiens : en toute femme une allumeuse, voire une salope. C’est une généralisation doublée d’un stéréotype et triplée d’une caractérisation insultante. C’est donc sextuplement faux.**

Alors oui, dans le règne animal le mâle est souvent l’élément sexuellement « pro-actif », et il n’est pas rare chez les animaux que celui-ci se passe du consentement de sa partenaire. C’est donc peut-être aussi (et peut-être seulement, je ne suis pas spécialiste de la question) l’instinct de base  du primate humain mâle : se saisir d’une femelle pour copuler, avec ou sans son avis.

Mais voilà, même si c’était le cas, nous ne sommes plus des bêtes. En tous cas, j’ose l’espérer, la grande majorité d’entre nous.

L’humain a des pulsions, mais il les sublime par le fantasme. C’est grâce à cela que nous ne tuons pas tous les gens qui nous énervent, et que de la même façon nous n’entreprenons pas toutes les femmes que nous pourrions désirer (de la même façon qu’elles ne se jettent pas sur tous les mecs qui leur plaisent). Celui (ou celle) qui n’a pas ces inhibiteurs est soit un psychopathe, soit juste une ordure, conditionnée par les pires aspects de la société (le viol a de tout temps été presque banalisé en périodes de guerres, parmi d’autres valeurs de conquête aussi nobles que le pillage, la torture et le meurtre). Le violeur est un animal qui ne contrôle pas ses pulsions et les impose à d’autres, comportement indigne d’un véritable être humain doté de raison et surtout d’empathie. Donc non, ce n’est pas une fatalité pour l’homme d’être un violeur, très loin de là.

jack-parker

Jack Parker après sa première agression.

Et au final ce genre de discours extrémiste nuit au propos originel et à des causes valables. Car des abus il y en a, et il faut les dénoncer. Les violeurs, les abuseurs en tout genre (que leurs armes soient la force ou la manipulation) n’ont aucune excuse. Abuser de quelqu’un parce qu’il ou elle est, ou est censé(e) être plus faible, c’est un des actes les plus infâmes qui soient, et c’est l’ultime lâcheté. Et en général dès que la victime, comme Jack Parker, se rebiffe, le coyote à foie jaune se hâte de détaler.

D’ailleurs, si la majorité des abus physiques est commise par des hommes (car pour les manipulations perverses les deux semblent atteindre la parité – youpi ?), ce n’est pas le cas de la totalité. S’il est rare que des femmes abusent sexuellement des hommes (ne fut-ce que pour des raisons physiques) cela arrive, particulièrement dans le cadre du couple. Et sinon elles peuvent toujours se rabattre sur plus faibles qu’elles, et j’ai eu des compte-rendus directs*** d’abus sur des enfants par des femmes, et en particulier par une nounou sur un garçon en bas-âge, qui s’il en parle librement en a visiblement gardé des traces – pour ne pas dire que cela a conditionné une large partie de sa vie privée. Il doit y avoir plus vomitif que ça mais là, de suite, ça ne me vient pas.

Comme je le disais donc, j’étais partagé sur le sujet. Pourtant je souhaite, depuis longtemps (pas toujours, j’ai d’abord dû me débarrasser des relents de machisme rital présents dans mon éducation si ce n’est dans mes gènes – et chacun sait que là où il y a des gènes il n’y a pas de plaisir, mais je m’égare, Rice Burroughs) je souhaite depuis longtemps, disais-je, un traitement égal de l’homme et de la femme. Ce qui ne veut pas dire  gommer les différences, j’adore nos différences ! Il est d’ailleurs important de les souligner en habillant les petits garçons en bleu et les petites filles en rose. Non frappez pas je déconne !

Et puis voilà que je lis donc sur Madmoizelle.com **** un article intéressant et écrit de façon pondérée sur le sujet. Je ne dis pas modérée, parce que les propos étaient forts et sans concession, mais bien pondérée parce qu’en tant qu’homme je ne me sentais pas agressé par eux. Puis un autre article, puis un autre. J’ai en particulier apprécié celui sur la différence entre drague et harcèlement, qui me parait poser des bases saines sur ce sujet.

Mais la vraie grosse révélation c’est le discours d’Emma Watson, l’année dernière à l’ONU pour son initiative He For She. Oui, j’avoue, j’en prends à peine connaissance, mais comme disait Edith Piaf : vieux motard que j’aimais.

Je ne saurai trop vous recommander de regarder cette vidéo ou d’en lire le texte.

Emma Watson y accomplit, malgré (ou grâce à ?) une palpable nervosité, surprenante et touchante de la part d’une actrice, plusieurs exploits :

  • S’adresser à tous, hommes comme femmes, sur ce sujet délicat
  • Le faire à la fois avec force et tact, comme les articles sus-mentionnés
  • Parler vraiment et clairement de féminisme, en responsabilisant les hommes plutôt qu’en les culpabilisant
  • Mais aussi, et peut-être surtout : c’est la première fois que j’entends aussi clairement parler des difficultés de sortir des normes établies, pour les hommes aussi bien que les femmes !!

Et si le reste m’a, indubitablement, touché, là je me suis senti directement concerné.Emma Watson

Il est très rare d’entendre parler des difficultés d’être un homme sans que ce soit pour rabaisser celles d’être une femme. « Non mais bon, vous vous vivez ceci ou cela, mais c’est pas facile pour nous non plus ». Là n’est pas la question.

La question, c’est que dans cette société les femmes ont la pression pour se comporter « en filles », donc être douces, soumises etc, et qu’on voit d’un mauvais œil celles qui ont « un peu trop » de personnalité.

Mais de la même façon, le mec doit se conformer à des stéréotypes, faute de quoi il passe pour « un pédé », « une tafiole » etc.

Cela peut d’ailleurs inclure des comportements débiles, machos, voire nuisibles, juste pour « prouver qu’on est un mec, un vrai ». Cette fameuse pression sociale que je hais tant et que je récuse dans la mesure du possible, et cette fameuse « intelligence des masses » qui ramène le QI collectif d’un stade rempli de supporters à la température anale d’un hamster nain.

Je suis hétéro. Vraiment, complètement. Je me suis, comme je l’espère tout homme intelligent, interrogé sur la chose, et c’est très clair pour moi, les hommes ne m’attirent pas du tout. Alors que les femmes, mmm… Bref.

Je suis aussi un artiste, sensible, hypersensible même. J’ai donc des qualités considérées, dans cette société, comme féminines. Et je les assume complètement. C’est d’ailleurs peut-être plus facile pour moi du fait de mon identité un peu marginale, c’est plus « toléré » pour les artistes de ne « pas être comme tout le monde ». Enfin, en tant qu’adulte, parce que la seule chose qui soit pire qu’un beauf c’est un fils de beauf à l’école. Mais même en étant ce que je suis, j’ai dû lutter contre cette pression sociale, qui me disait que « boys don’t cry« , que montrer de l’empathie c’était pas un truc de mecs, et que si on n’appréciait pas un clip (d’une musique de merde) avec des nanas bonnes aux trois quarts à poil, c’est qu’on devait être pédé. Ouais, soit ça soit on est mélomane, voire esthète, ou encore adepte des seins naturels plutôt que de la version plastique, mais pour expliquer ça à un mec qui tient ce genre de propos il faut avoir du temps à perdre…

Mais ça c’est la partie « soft » de l’iceberg. Parce que c’est cette même pression sociale qui fait que les mecs en groupe vont se « sentir obligés » d’avoir un comportement odieux ou abusif avec les meufs. C’est la même aussi qui fait que des mecs qui se sentent rejetés peuvent (et ce n’est aucunement là une justification) devenir « lourds », surtout en public, pour prouver leur virilité. Le pire c’est quand les deux sont cumulés. Je me souviens par exemple d’un mec « brave », comme on dit dans le sud, pas très futé et très maladroit avec les filles, et qui plus est entouré de collègues qui profitaient de lui tout en se foutant plus ou moins ouvertement de sa gueule. A côté de ça plutôt un gros nounours, avec ce que cela inclut de masse physique, c’est important pour la suite.

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Non ceci n’est pas le coupable, inutile de le pourchasser…

Pendant une soirée en boîte, un « pote » l’a poussé, en lui promettant des shots, à des comportement de plus en plus abusifs, pour le plus grand amusement de quelques autres. Ça avait commencé par une main au cul de la fille A, qui lui avait valu une baffe. Pas démonté, son grand ami continue à le provoquer, et cette fois le mec va embrasser sur la joue la fille B, non sans la saisir très violemment pour la faire se retourner, ce qui lui vaut le contenu d’un verre dans la gueule. Là on pourrait penser que les deux compères (je devrai peut-être dire complices) auraient compris, ou du moins le plus intelligent des deux, mais non, il fallait voir jusqu’où pouvait aller l’expérience. L’enjeu du shot n°3 était d’aller embrasser sur la bouche la fille A. Déjà passablement éméché à ce stade, il y va, se prend une baffe, puis s’énerve et (possiblement remotivé par son conseil de guerre) revient à la charge. Il a fini par la coincer dans un escalier un peu isolé et a commencé tout en l’invectivant à la ceinturer pour  l’embrasser. La fille s’est débattue, l’a frappé et griffé, et je vous garantis qu’elle n’est pas du genre à se laisser faire, mais le gars était une masse, et la situation se dégradait rapidement. Heureusement des amis de la fille sont passés par là, l’ont maitrisé et il s’est fait virer de la boîte (le reste de l’histoire n’est pas pertinent ici). Toujours est-il qu’on a donc eu affaire à une succession d’abus sexuels, dont un qui aurait pu tourner au viol. Si la responsabilité de l’homme saoul et frustré (ce qui une fois de plus ne justifie rien) qui a commis ces actes est indubitable, celle de la ou des personnes qui l’y ont encouragé est toute aussi grande. Chose que ces gens nieraient probablement, invoquant l’humour ou des défis « normaux entre mecs ». Et le moteur ? Cette idée que l’homme doit oser, qu’il n’est pas un homme s’il n’obtient pas une femme par tous les moyens (oui, là on est bien dans cette culture du viol dont on parle tant).

Je ne cite cette histoire qu’en tant qu’exemple d’un comportement qui n’est que trop fréquent, et des ses conséquences qui trop souvent passent inaperçues ou paraissent anodines. Parce qu’un viol qui aboutit fait presque l’unanimité dans les réactions, mais que l’abus sexuel est encore bien trop banalisé. A tous les mecs qui se disent que c’est « pas si grave » d’embrasser une nana de force, que ce n’est pas un viol, imaginez si un homme plus fort que vous, ou accompagné d’acolytes, s’imposait ainsi à vous ne fut-ce que pour un « petit bisou », et après on en reparle… Et sans même aller aussi loin, justement parce que la plupart d’entre nous maitrise ses actions, elle a au quotidien des effets subtils mais insidieux sur nos comportements, nos pensées.

C’est donc un fait pour moi : la société (qui est aussi composée de vous et de moi) nous met dans des cases, et l’une d’entre elles, basée sur notre sexe, est encore de nos jours très, trop contraignante. Et cela peut avoir, cela a des conséquences néfastes, au quotidien.

C’est pour cela que des discours comme celui d’Emma Watson sont importants.

Et que, bien sûr, l’attitude de tous les hommes qui entendent ce discours (ou qui, peut-être, lisent cet article, ou d’autres…) est importante. Que dis-je, vitale.

MESSIEURS, A NOUS DE JOUER !!!

Du coup, je n’ai fait qu’effleurer le sujet du harcèlement. Certes les blogs féministes en parlent parfois très bien, mais justement les discussions Facebook de ces derniers jours m’ont montré que le point de vue d’un homme peut aussi apporter de l’eau au moulin. Alors je sens que ce sera le sujet d’un prochain article… A bientôt donc !

 

* Sisi je vous jure, ils étaient verts monsieur l’agent ! Hips.

** Au moins. J’ai pas beaucoup bon en maths parce que je suis été bien plus meilleur en français.

*** Dans un cadre non soumis à confidentialité, sans quoi je ne le mentionnerai même pas ici

**** Non ce ne sont pas des liens sponsorisés, je fais ça gratos à mon grand dam…

A propos de l'auteur

Paul Victor

Paul Victor

Français d’origines douteuses de type sicilo-ritales à deux générations.
Plutôt Beatles que Stones. Et Lennon que Mc Cartney mais John Victor ça ne veut rien dire.
Sans affiliation politique, avec des affinités oscillant plus ou moins à gauche selon les sujets. Absolument dépourvu de toute croyance archaïque.

1 Commentaire

  1. Anais

    Je repensais a cet article hier, en lisant une histoire de « casse-tete au club des veufs noirs ». Dans la nouvelle intutule « la croix de Lorraine » Il y a mention, a un moment donne d’une rencontre en gare routiere entre le narrateur et une belle demoiselle (cette rencontre meme qui sera au coeur de l intrigue) Cette histoire est ecrite en 1974, il y a donc 40 ans de ca. L’homme qui raconte l’histoire s’etonne positivement qu’a la remarque courtoise qu’il adresse a la jeune femme, celle ci lui reponde en souriant sans avoir l’air de le prendre pour un violeur ou un detraque (le mot detraque est de moi, je ne me souviens pas exactement de la phrase, et je completerais si besoin une fois rentre chez moi. Mais le mot violeur est bien dit, et l’idee est la meme pour le sens global de la phrase.)

    Bien sur il y a 40 ans, la situation de la femme au coeur de la societe s etait clairement ameliore. Mais je suis certaine que cette situation aurait pu se reproduire avec le meme effet de surprise 100 ans ou 200 ans auparavant.

    Donc oui, Messieurs, a vous de jouer. Eduquez vous, eduquez vos fils, a etre plus respectueux et moins sexistes. Mais eduquez aussi vos filles a ne pas etre des victimes en puissance.

    Je suis feministe (mais effectivement, egalitariste serait plus clair pour ce que je penses) mais loin de moi l’idee de penser que notre societe va mal a cause des hommes, et qu’ils sont seuls responsables. Commencons deja a expliquer a nos enfants que porter du rose, s’habiller en princesse, combattre des dragons…et bien tout le monde, fille comme garcon, a le droit de le faire. travaillons sur nous meme , quel que soit notre sexe, pour tenter de se defaire de ce sexisme qui nous encombre.
    Et ne laissons plus les hommes s’ettoner mesdames, qu’on ne les traites pas comme des violeurs en puissances quand nous repondons poliment a leurs prise de contact.

    Si je ne suis pas une chienne, vous n’etes pas des chiens ( metaphore, les chiens n’ont rien a voir la dedans en verite)

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