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jan 30

Paul Victor

Polémiques, Victor !

Vu le nom de notre blog, je n’avais d’autre choix que de réitérer ici un article que j’avais posté sur FacedeBouc.

En effet, le but avoué de ces pages est de discuter sur des sujets qui font polémique. Mais est-ce que cela fait de nous des polémistes ? Et surtout, tenons-nous à en être ?

Depuis quelques temps sévissent sur le petit écran ou sur le web de tristes individus qui revendiquent cette appellation pas très contrôlée. Mais qui sont-ils en fait ?

D’après la définition de Messire de Wiki, humble serviteur de sa majesté Googol 1er (1998 – …), un polémiste se doit de ridiculiser « en principe avec panache et esprit » les travers de son temps. Il est cependant précisé que le choix des armes pour ces « écrits de combat » n’a pas à être équitable, l’important étant avant tout de choquer, de provoquer une réaction. Dans réaction il y a « tion » mais nous verrons que c’est surtout la partie « réac » qui va nous concerner céans.

Notons au passage que, malgré un portrait de Voltaire en encart, ce n’est pas vers le blog de ce dernier (ni vers son cabaret) que nous orientent les liens de la page, mais plutôt vers la définition du Troll d’internet. Tiens tiens, y aurait-il un rapport entre les deux ?

La polémique, et donc le polémiste, le vrai, a indubitablement une fonction à remplir dans une société. Ce n’est pas comme si la nôtre était parfaite (j’vous jure !), donc tant mieux si des gens l’aident à évoluer.

Mais voilà. Ces gens-là, on les appelle des penseurs. Des philosophes. Des artistes. Des pleins d’autres trucs.

Mais apparemment, le polémiste moderne est devenu bien autre chose, bien loin du combat pour les libertés des Voltaire et consorts.

Je n’ai pas entendu parler de polémistes œuvrant pour l’écologie, les libertés, l’évolution ou les droits de l’Homme, la disparition des superstitions, l’égalité de tous, l’indépendance face aux multinationales etc. Ceux-là, en général, sont en plus des sobriquets cités plus haut souvent affublés de celui d’Emmerdeurs Publics.

Les polémistes, eux, mènent un tout autre combat : celui de la surenchère médiatique. La seule chose qui semble les intéresser vraiment est d’attirer l’attention sur leur (toute petite) personne, quel qu’en soit le prix.

Quoi de plus logique, donc, que de les voir déballer les sujets qui fachos, pardon, qui fâchent ? Euh, ben rien, c’était une question de pure rhétorique. J’ai le droit, on va pas polémiquer vingt ans là-dessus hein.

Mais voilà, si on peut parler de tout même avec n’importe qui malgré les avertissements du divin Desproges à ce sujet, on ne peut pas le faire n’importe comment, sous peine de procès, de censure, ou pire : de sombrer dans les oubliettes des médias et donc, à terme, dans l’oubli. Et ça, l’ego de nos chers polémistes n’y survivrait pas.

Il convient donc de remuer la merde avec des pincettes (sur le nez tant qu’à faire).

Par exemple, on ne peut pas dignement dire, en 2014, que les femmes, les noirs et les pédés ne sont bons qu’à une seule chose, probablement tous la même. C’est mal, ça ne se fait pas, et puis surtout c’est pas vendeur.

Par contre on peut dire qu’ils ne sont pas complètement comme nous. C’est vrai, enfin pour moi qui ai eu la chance de naître dans cette société discriminatoire aussi blanc et mâle que possible, et qui aime trop les femmes pour être tenté par mes congénères, à part toi qui en lisant ces lignes te reconnaitras peut-être et qui pourtant sans cesse te dérobes à moi, et puis toi aussi avec ton petit corps hâlé, et toi éventuellement mais faudrait que je boive vachement avant et j’ai arrêté. Mais bon, ce serait juste l’expression d’une saine camaraderie virile comme à l’armée hein. Devenir pédé, je préfèrerai encore me faire enculer. Mais je m’égare, Allan Poe. Reprenons.

Donc on ne peut pas dire que les femmes ne méritent pas un salaire égal à celui des hommes ; mais on peut dire qu’elles sont différentes des hommes, ce qui heureusement est vrai, que Darwin me patafiole ! Et le reste n’a qu’à être sous-entendu plus ou moins lourdement. Les gens entendront ce qu’ils veulent entendre, que ce soit ceux qui « n’en pensent pas moins » (sauf qu’en fait ils pensent assez peu, en somme…), ou ceux qui tombent sous le charme des hyènes polémistes et estiment que ces derniers expriment juste leur opinion sans penser à mâle, pardon, à mal.

Et puis les noirs, ils sont pas pareils non plus (enfin sur la superficie). Et on va laisser entendre que s’ils sont aussi bons pour le sport c’est probablement parce qu’ils n’ont pas nos capacités cognitives. Par contre leur don naturel pour le basket en fait des as du ramassage de (nos) poubelles. Talent partagé avec les arabes, qui pourraient être gentils s’ils voulaient bien s’intégrer un peu plus au lieu de nous poser des bombes partout. Parce que chez ces gens-là…

Enfin il y a les juifs, qui veulent avoir l’air comme nous mais qui ont les doigts et le nez trop crochus pour ça, et qui font rien qu’à comploter avec des maçons, et là je comprends pas trop parce que normalement les maçons c’est plutôt des arabes et je crois que les deux ne sont pas très amis à cause d’une histoire de temple à détruire ou à construire, je ne sais plus, ça remonte à des milliers d’années. Et un truc sur un mur aussi. Ah ouais remarque, c’est bien des histoires de maçons en fait. Bref.

Donc nos amis les polémistes vont ainsi recycler des idées aussi surannées que nauséabondes, en usant de force sophisme pour mêler le vrai au faux et noyer des poissons qui leur ont rien fait, ce qui amènera le quidam qui les écoute à conclure « qu’ils disent pas que des conneries quand même ». Ben non, sinon personne ne les écouterait, on est un peu cons mais pas tant que ça quand même. Donc comme tout bon expert manipulateur, ils saupoudrent leur propagande de quelques miettes de vérité, ça attire mieux les pigeons.

Le polémiste peut même citer des faits, des chiffres. De toute façon la plupart du temps personne n’ira vérifier. Un peu comme les politiciens. Vous vous souvenez de cette partie du débat présidentiel où Sarko et Ségo avançaient des chiffres différents sur le même dossier ? C’était sur la question du nucléaire je crois (mes souvenirs sont flous, j’étais jeune et beau à l’époque ; enfin surtout jeune). Toujours est-il qu’ils ont passé quelques stériles minutes à jouer au jeu extrêmement mature du « c’est pas toi qu’as raison c’est moi », dont sont coutumiers les politiciens et les enfants de maternelle. Et puis ils sont passés à autre chose, parce que sinon on y serait encore. Vous avez vérifié qui avait raison, vous ? Pas moi. Et j’avouerai que non seulement je m’en tamponne le coquillard avec une violence de 12 sur l’échelle de Richter (qui ne compte que 10 échelons), mais aussi que de surcroit je ne vois pas comment j’aurai pu vérifier cette info quand les spécialistes qui avaient constitué le dossier n’étaient même pas foutus de fournir des chiffres incontestables. Mais le polémiste, lui, avance souvent des données aussi fausses que vérifiables, mais avec de tels effets de manche que les journalistes tombent souvent dans le piège d’essayer de s’abaisser à leur niveau au lieu d’aller à la source de l’info. On a pourtant bien vu que face à des spécialistes ou parfois simplement à des gens qui font un vrai travail journalistique, la propagande ne tient plus la route (je prendrai pour exemples le spécialiste des flux migratoires qui avait poliment démonté tous les arguments du représentant du FN, ou le journaliste de chez Pujadas qui a pointé du doigt plusieurs affirmations mensongères dans le dernier livre du sieur Zemmour).

Alors, que faire face à un polémiste ?

D’abord, ne nourrissez pas le Troll. Pas même avec une tarte à la crème dans la gueule, si jamais ils s’étouffent sur la chantilly ils seront érigés en martyrs. Ridicules certes, mais ce ne seraient pas les premiers.

Et puis apprenez à les identifier immédiatement. C’est facile, leurs discours auraient eu leur place dans les moments les plus sombres de l’humanité, et si on les écoutait on gommerait tous les progrès sociaux des 50 dernières années. Et le port de la moustache reviendrait à la mode, avec deux variantes aussi ridicules et dangereuses l’une que l’autre.

Enfin, puisque vous savez où ils sont et que vous ne les nourrissez pas, il ne reste qu’à les ignorer, les contourner et les laisser crever de faim dans leur merde. Dites-vous que c’est des SDFs, ce sera plus facile, on a l’habitude de ne pas les voir. Sauf que le SDF n’a pas choisi de vivre comme ça, et que le polémiste est beaucoup plus sale sous son joli costard.

Parce que l’écran de télé, souvent, officie tel le portrait de Dorian Gray pour donner un semblant d’éclat à des arguments qui, contrairement à vous et moi, n’ont rien de jeune ou de beau. Et parce que, soucieux seulement de leur vaine gloriole, ces déplorables orateurs lancent aux vents des polémiques nauséabondes dont les noirs relents ne peuvent qu’évoquer le sang, les cendres, et le bruit des bottes sur le pavé parsemé de verre. Et si nous n’y prenons garde, c’est nous qui récolterons les fruits empoisonnés que sèment ces nouvelles stars de la télé-vénalité et de la polémique-fiction.

Mais ils n’auront aucune prise si nous usons de nos deux armes les plus efficaces contre ce type de danger : la Mémoire et la Raison.

A bon entendeur…

A propos de l'auteur

Paul Victor

Paul Victor

Français d’origines douteuses de type sicilo-ritales à deux générations.
Plutôt Beatles que Stones. Et Lennon que Mc Cartney mais John Victor ça ne veut rien dire.
Sans affiliation politique, avec des affinités oscillant plus ou moins à gauche selon les sujets. Absolument dépourvu de toute croyance archaïque.

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